Programme en dix points
1. Nous voulons la liberté. Nous voulons le pouvoir de déterminer la destinée de nos communautés noires.
Nous croyons que les personnes noires de Montréal ne seront pas libres tant qu’elles ne pourront pas déterminer leur destinée, à l’abri du colonialisme canadien comme des cadres nationalistes québécois qui nous excluent.
2. Nous voulons le plein emploi pour notre peuple.
Nous croyons que les gouvernements fédéral, provincial et municipal sont responsables et obligés d’assurer à chaque personne un emploi ou un revenu garanti. Nous croyons que si la classe patronale n’assure pas le plein emploi, alors les moyens de production devraient être placés entre les mains de la communauté, pour que le peuple puisse s’organiser et employer l’ensemble de ses membres. Les ressources hydroélectriques et sociales du Québec devraient servir les communautés qui les ont bâties.
3. Nous voulons la fin du vol de nos communautés noires par les capitalistes.
Nous croyons que ce gouvernement nous a volés par l’embauche discriminatoire, la ségrégation résidentielle et le prêt prédateur. Nous exigeons des réparations pour le vol historique et continu du travail noir : l’esclavage au Canada, la destruction de quartiers noirs historiques comme Petite-Bourgogne par le « développement urbain », l’exploitation des travailleuses domestiques et la sous-rémunération de la main-d’œuvre immigrante. Les gouvernements fédéral, provincial et municipal doivent payer cette dette.
4. Nous voulons un logement décent, digne d’abriter des êtres humains.
Nous croyons que si les propriétaires ne donnent pas de logement décent à nos communautés, alors le logement et le terre devraient devenir des coopératives, pour que nos communautés, avec l’aide gouvernementale, puissent bâtir un logement décent. Nous exigeons la fin des rénovictions, la fin de la gentrification à Petite-Bourgogne, Parc-Extension et Montréal-Nord, et la fin de la discrimination au logement contre les personnes caribéennes, africaines et toutes les résidentes et résidents noirs.
5. Nous voulons pour notre peuple une éducation qui expose la vraie nature de cette société canadienne décadente. Nous voulons une éducation qui nous enseigne notre véritable histoire et notre rôle dans la société actuelle.
Nous croyons en un système éducatif qui donne à notre peuple la connaissance de soi, notre histoire en Afrique, aux Caraïbes et ici à Montréal. Nous exigeons la fin du classement (streaming) qui pousse les élèves noirs vers des voies professionnelles. Nous exigeons un programme qui enseigne l’histoire de l’esclavage au Canada, la destruction des communautés noires, et les contributions des Africains, des Caribéens, des Afro-Américains et des autres communautés noires à la construction de Montréal.
6. Nous voulons des soins de santé entièrement gratuits et complets pour toutes les personnes noires et opprimées.
Nous croyons que les gouvernements fédéral, provincial et municipal doivent fournir, gratuitement, des établissements de santé qui traitent non seulement nos maladies physiques, mentales et émotionnelles (dont plusieurs découlent de l’oppression systémique, de la pauvreté et du stress) mais qui développent aussi des programmes médicaux préventifs pour garantir notre survie future. Nous exigeons la fin de la privatisation des soins de santé au Québec. Nous croyons que des programmes d’éducation et de recherche en santé de masse doivent être développés pour donner à toutes les personnes noires et opprimées l’accès à l’information scientifique et médicale avancée, dans nos langues, afin que nous puissions nous prodiguer des soins appropriés. Le système actuel échoue les communautés noires par le racisme, la négligence et l’absence de soins culturellement compétents.
7. Nous voulons la fin immédiate de la brutalité policière et du meurtre des personnes noires.
Nous croyons que nous pouvons mettre fin à la brutalité policière dans nos communautés en organisant des groupes de redevabilité communautaire dirigés par des Noirs, ancrés dans des cadres de justice réparatrice et dédiés à défendre nos communautés contre l’oppression et la brutalité du SPVM. Nous exigeons des comptes pour les meurtres de personnes noires par la police montréalaise et la fin du profilage racial. Nous nous protégerons par tous les moyens nécessaires.
8. Nous voulons la fin immédiate de toutes les guerres d’agression.
Nous croyons que les divers conflits qui existent dans le monde découlent directement des désirs agressifs du cercle dirigeant et du gouvernement canadiens de forcer leur domination sur les peuples opprimés du monde, souvent en complicité avec l’impérialisme américain. Des opérations minières en Afrique et en Amérique du Sud aux interventions militaires en Haïti, le Canada s’enrichit par l’exploitation à l’étranger. Nous croyons que si le gouvernement canadien ou ses alliés ne cessent pas ces guerres d’agression, il est du droit des peuples de se défendre par tous les moyens nécessaires contre leurs agresseurs.
9. Nous voulons que toutes les personnes noires, lorsqu’elles sont traduites en justice, soient jugées par un jury de leurs pairs, issu de leurs communautés noires.
Nous croyons que les tribunaux devraient respecter la Charte canadienne des droits et libertés afin que les personnes noires reçoivent des procès équitables. Un pair est une personne d’un milieu économique, social, religieux, géographique, environnemental, historique et racial similaire. Pour ce faire, le tribunal doit sélectionner un jury et/ou un juge issu de la communauté noire d’où vient la personne accusée noire. Nous avons été, et nous sommes encore, jugés par des jurys et des juges presque exclusivement blancs qui n’ont aucune compréhension des communautés noires de Montréal.
10. Nous voulons la terre, le pain, le logement, l’éducation, l’habillement, la justice, la paix et les droits linguistiques.
Nous croyons que chaque personne est intrinsèquement digne d’une vie de dignité, d’autodétermination, d’opportunité, de ressources et de respect. Nous exigeons un accès complet aux services en français et en anglais. Nous exigeons le statut pour toutes les résidentes et résidents noirs sans papiers. Nous sommes solidaires des peuples autochtones dont nous occupons les terres. Les vies noires comptent à Montréal.
Nous tenons ces vérités comme allant de soi : toutes les personnes sont créées égales ; elles sont dotées par leur Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits figurent la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. Que, pour sécuriser ces droits, des gouvernements sont institués parmi les peuples, tirant leurs justes pouvoirs du consentement des gouvernés ; que, lorsqu’une forme de gouvernement devient destructive de ces fins, il est du droit du peuple de l’altérer ou de l’abolir, et d’instituer un nouveau gouvernement, posant sa fondation sur ces principes et organisant ses pouvoirs de la forme qui lui semblera la plus susceptible d’assurer sa sûreté et son bonheur. La prudence dictera certes que les gouvernements établis depuis longtemps ne soient pas changés pour des causes légères et passagères ; et l’expérience l’a montré, l’humanité est plus encline à souffrir, tant que les maux sont supportables, qu’à se redresser en abolissant les formes auxquelles elle est habituée. Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, poursuivant invariablement le même objet, révèle un dessein de la réduire sous un despotisme absolu, il est de son droit, il est de son devoir, de rejeter un tel gouvernement et de prévoir de nouvelles garanties pour sa sécurité future.
Pour que nous soyons toutes et tous libres, nos revendications doivent être claires, tangibles et représentatives de nos communautés. Ce Programme en dix points est un document vivant qui peut, doit et devra être mis à jour pour répondre à l’état sociopolitique actuel de Montréal. Nous donnons la permission aux autres communautés marginalisées d’utiliser ce document comme guide pour apprendre et bâtir, afin que leurs communautés puissent faire connaître clairement leurs besoins. Il devrait exister un Programme en dix points ou un document équivalent pour les Autochtones du Canada, les femmes, les communautés LGBTQIA+, les étudiantes et étudiants, les Palestiniens, et toutes les autres communautés marginalisées de Montréal et d’ailleurs. Nous envisageons l’existence de The Black Liberationist Party of Montreal au sein d’une coalition avec d’autres organisations qui mobiliseraient ensemble tout en demeurant indépendantes. Avec toutes nos revendications mutuellement comprises, nous pourrons toutes et tous travailler ensemble pour assurer les libertés et la sécurité de chaque personne vivant à Montréal.
Fortement inspiré du Programme et de la plateforme en dix points du Black Panther Party for Self-Defense.